Rubber Boots Kids

Certains objets attendent la rentrée pour rappeler leur existence. La botte en caoutchouc pour enfant procède ainsi : oubliée tout l'été au fond d'un placard, elle réapparaît ce mardi de septembre où le ciel décide, contre l'avis de la météo, qu'il pleuvra. Superga prend cette saison les devants et présente sa sélection de Rubber Boots Kids, manière avisée de désamorcer la panique de placard avant qu'elle ne prenne ses aises.

La maison soigne autant la couleur que la forme. Les modèles se déclinent dans des teintes que le métier qualifie de faciles à porter, formule diplomate qui vaut surtout pour celui qui habille l'enfant. Un coloris trop bavard, chacun l'a éprouvé, somme le reste de la tenue de s'incliner ou de disparaître. Ces teintes-ci s'entendent d'elles-mêmes, et rendent au petit matin sa tranquillité, arbitrage vestimentaire en moins. Voilà le propre de la mode enfantine, et sa part d'ironie tranquille : conçue, choisie et arbitrée par des adultes, elle est portée par des enfants qui l'ignorent avec une constance admirable. L'usager de trois ans qui inaugure une flaque ignore qu'il incarne une intention esthétique. Il sait qu'il y a une flaque, et cela lui suffit amplement. Toute bonne botte répond à deux exigences : contenter la flaque, souveraine et sans appel, et le regard qui, depuis le trottoir, jauge la silhouette. Sur ce terrain, Superga avance avec une légitimité que peu revendiquent sans rougir. La marque vient de loin : un savoir-faire qui a d'abord chaussé les adultes, avant d'abaisser son regard vers les plus petits avec la même gravité. Réduire un objet multiplie ses obligations. Une botte d'enfant affronte des épreuves auxquelles nulle botte d'adulte ne survivrait : l'escalade improvisée, le saut à pieds joints exécuté avec préméditation, la station prolongée dans la boue au nom d'un principe que l'intéressé serait bien en peine de formuler. La praticité relève ici du service actif, elle garantit la tenue du produit jusqu'aux vacances de la Toussaint.

De cette double contrainte naît l'équilibre de la sélection. Le confort d'abord, mot que l'on invoque à tout propos et qui, appliqué à l'enfant, recouvre enfin son sens : la chaussure s'oublie, escorte sans se signaler, libère le pas. La couleur ensuite, présence mesurée qui vient annoncer, sur le gris d'une cour de récréation en novembre, qu'une décision a été prise en haut lieu. L'invisible et le visible cohabitent dans le même caoutchouc, en parfaite intelligence. Là se dessine ce qui sépare l'accessoire de la tendance. L'accessoire répond à un besoin ; la tendance y ajoute une arrière-pensée. La botte de pluie, longtemps reléguée au rang d'utilitaire que l'on ôtait sur le paillasson pour l'oublier sur-le-champ, se coordonne aujourd'hui, se photographie, prend part à la conversation. Le changement s'est opéré tout en douceur, à l'œuvre depuis quelques saisons, à mesure que la frontière entre le fonctionnel et le désirable se fait poreuse un peu partout, dans les vestiaires de sport comme dans les autres. Reste l'essentiel, que ces bottes gardent en ligne de mire : elles sont faites pour mener quelque part. De la cour de récréation aux promenades familiales, elles inscrivent l'enfant dans le mouvement plutôt que dans la pose. C’est ce qui distingue une vraie proposition d'une opération de saison : sitôt chaussée, la botte cesse d'être un objet pour devenir un itinéraire. Superga l'a saisi. Les flaques, de leur côté, patientaient depuis un moment déjà.


Some objects wait for September to remind us they exist. The child's rubber boot works exactly this way: forgotten all summer at the back of a cupboard, it resurfaces on that Tuesday when the sky decides, against the forecast's own advice, that it will rain. This season Superga gets ahead of the weather and presents its selection of Rubber Boots Kids, a shrewd way of defusing cupboard panic before it can make itself at home.

The house attends to colour as carefully as to shape. The models come in shades the trade likes to call easy to wear, a diplomatic phrase that serves, above all, whoever is dressing the child. A colour that talks too much, as everyone has learned, orders the rest of the outfit to bow or disappear. These particular tones get along on their own, and hand the early morning back its calm, one fewer wardrobe negotiation to conduct. Such is the nature of children's fashion, and its share of quiet irony: conceived, chosen and adjudicated by adults, it is worn by children who ignore it with admirable constancy. The three-year-old christening a puddle has no idea they embody an aesthetic intention. They know there is a puddle, and that is plenty. Every good boot answers to two authorities: the puddle, sovereign and beyond appeal, and the eye that sizes up the silhouette from the pavement. On this ground Superga moves with a legitimacy few could claim without blushing. The brand comes from a long way off, a savoir-faire that first shod adults before lowering its gaze to the smallest with the same seriousness. To shrink an object is to multiply its obligations. A child's boot faces trials no adult boot would survive: the improvised climb, the two-footed jump carried out with premeditation, the prolonged stand in the mud in the name of a principle its author would be hard-pressed to formulate. Practicality here amounts to active service; it guarantees the product holds together until the autumn half-term.

From this double constraint comes the balance of the selection. Comfort first, a word invoked at every turn that, applied to a child, finally recovers its meaning: the shoe forgets itself, escorts without announcing itself, frees the step. Colour next, a measured presence that arrives to declare, against the grey of a November playground, that a decision has been taken high up. The invisible and the visible share the same rubber, in perfect understanding. Here lies what separates the accessory from the trend. The accessory answers a need; the trend adds an ulterior motive. The rain boot, long consigned to the rank of the utilitarian, pulled off on the doormat and forgotten on the spot, now coordinates, gets photographed, joins the conversation. The shift has happened gently, at work for a few seasons now, as the border between the functional and the desirable grows porous more or less everywhere, in the sports locker room as much as anywhere else. What matters remains, and these boots keep it in view: they are made to lead somewhere. From the playground to family walks, they set the child in motion rather than in a pose. That is what distinguishes a real proposition from a seasonal exercise: once on the foot, the boot stops being an object and becomes an itinerary. Superga has grasped this. The puddles, for their part, have been waiting a while already.


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